
Je veux me raconter mon chemin avec mes mots et "avec les phrases de Guy sévigny - les extraits de ce livre sont publiés ici avec son aimable autorisation" différenciées par leur couleur, mon chemin avec sa chronologie pour respecter ses choix d'auteur.
"Un
jour, alors que je croyais 'innocemment' que le 'tout' était parfaitement
enfoui, enterré et oublié..., une douleur fulgurante fit
trembler l'édifice de mon existence." (p14)
"Ce
fut un éclatement. J'explosai ! Il fallait que j'extraie de mes
entrailles la haine, la laideur, la souillure responsable de la douleur...
Face à mes impuissances, la mort suicidaire semblait pouvoir me
procurer l'illusion de l'oubli ou, à défaut, la fin de ma
souffrance !" (p15)
Pour
moi ce jour est arrivé 10 ans après mon agression, je croyais
moi aussi avoir digéré mon passé, avoir oublié,
j'ai craqué complètement. Les mains lointaines m'ont empêchées
de me suicider mais je ne voyais que cet aboutissement possible à
mon passé.
"Ce
ne fut pas facile de trouver le courage de me regarder en face ..." (p16)
"Il
fallait que je me comprenne, que j'accepte de m'aimer ..." (p16)
"Tout
reste à écrire : l'histoire d'un mieux être dont je
suis devenu le maître!" (p16)
"Je
sais maintenant que dans la désespérance, l'espoir n'est
pas un vain mot. ce livre en est le témoignage!" (p16)
Je
sais moi aussi maintenant que ces mots sont vrai, même si j'ai voulu
parfois abandonner dans le chemin vers un nouveau départ, même
si tout n'est pas encore rose en moi, même si j'en ai douté
souvent, il fallait faire cette démarche qui consiste à raconter,
à mettre des mots sur sa souffrance.
"...victimes.
Le mot est bien clair : victime." (p34)
Victime
est un mot que je n'ai compris qu'aujourd'hui. Pendant 10 ans je me suis
considérée coupable, responsable de mon agression et même
si rationnellement je me comprenais victime, je parlais de moi face à
mon passé en responsable, en coupable. S'accepter au fond de soi
comme victime a été difficile mais indispensable pour commencer
à m'aimer.
"J'ai
seulement des flashes, mais je savais ce qui m'arrivait. Tout ce que je
voulais, c'était crier... Que quelqu'un arrête cette horreur
! Je ne sais si un son sortait de ma gorge. j'avais juste l'impression
de crier sans entendre ma voix." (p74)
"J'avais
le sentiment que j'allais mourir..." (p75)
"En
fait, j'étais réellement mort, mais vivant..." (p75)
"Je
mourais lentement de l'intérieur au fur et à mesure que je
prenais connaissance de ce qui m'étais arrivé. Au lieu de
crier ma peine et à l'injustice, je me sentis sale, accablé,
abattu, vaincu. Je fus submergé par un état de panique incontrôlable
où immergeaient de multiple peurs.
Se
faire violer est une 'expérience' qu'aucun mot ne peut décrire.
Il n'existe pas d'expressions assez fortes pour qualifier la laideur de
cet acte." (p75-76)
"J'ai
refoulé toutes ces histoires; il fallait bien que je continue à
vivre. Péniblement, avec mes trop nombreuses peurs, j'ai de nouveau
affronté la vie." (p79)
Des
mots qui ne sont pas les miens mais qui sont exactement mes sentiments.
Cette impression qu'après le mode s'écroule sans qu'on ne
puisse rien y faire et cette volonté farouche de repartir, de continuer
à vivre coûte que coûte, vaille que vaille.
"En
ces années-là, l'amour, pour moi, était secondaire.
J'essayais de m'imaginer que je puisse aimer l'être qui vivait près
de moi. Aujourd'hui je constate que la dépendance affective fait
croire en l'amour de l'autre." (p96)
"...le
viol ... , me donnait des nausées lors d'une relation trop longue
et trop intime." (p96)
"J'étais
conscient qu'un jour tout finirait par exploser" (p97)
"Quand
on n'a pas confiance en soi, l'opinion des autres est importante pour se
réaliser. mais c'est aussi un piège dans lequel je suis facilement
tombé : attendre après eux pour savoir si j'étais
sur la bonne voie, c'était accepter de perdre le peu ,de personnalité
qu'il me restait. j'étais vraiment devenu les autres." (p98)
Et
à cause de cela je suis devenue fonctionnaire (ça rassurait
papa et maman), j'ai épousé mon mari (je croyais qu'il m'aimait
pour moi), je me suis coiffée, habillée selon les désirs
de mon entourage (j'ai achetée mon premier pantalon, je me suis
coupé les cheveux, j'ai acheté des habits sans demander l'avis
de quelqu'un à 28-29 ans pour la première fois), je me suis
mise au régime et ai protée une robe qui n'était pas
la robe de mes rêves pour me marier ... je me suis oubliée
pendant toutes ces années pour rentrer au mieux dans le moule que
l'on me présentait.
"Je
travaillais sans arrêt pour me distraire. je me croyais sur la bonne
voie..., et je me fuyais moi-même : voilà l'impression que
j'avais. Ça fonctionnait ! Je réalisais tout ce que le onde
me demandait. je ne m'écoutais plus. lorsque l'on consacre beaucoup
de temps aux autres, c'est étrange de voir qu'il existe beaucoup
de personnes qui vous aiment. J'étais un homme que l'on aimait;
j'étais toujours souriant, je commençais ma journée
de bonne humeur et je n'élevais jamais la voix. La colère
? Quelle colère ? Je ne la connais pas ! Le bon gars, quoi ! je
donnais tout, puis tout et encore tout. moi ? Je n'avais besoin de rien"
(p124)
Cette
fuite en avant je l'ai mise en oeuvre moi aussi ... il y a deux ans j'ai
cumulé la même année, un travail à temps plein,
une maîtrise informatique en cours du soir pour que mon mari puisse
finir ses études car il travaillait lui aussi et ne pouvait pas
assister à ses cours lui-même (enfin la moitié des
U.V. ... l'autre moitié ayant eu lieu l'année d'avant, toujours
en travaillant !!!) et l'organisation de mon mariage ... mais j'y arrivais
... les autres m'admiraient en me disant "Quelle énergie", "Comment
fais-tu pour tont concilier et être toujours agréable à
vivre" ... mais je savais au fond de moi que je fuyais, qu'il me fallait
toujours un projet au devant de moi ...
"Je
constatais non sans peine que 'le' problème n'était
pas 'au Québec' ou 'en France'. Il était tout simplement
en 'moi'." (p131)
"...j'avais
essayé d'en parle et à chaque fois, juste à l'idée
d'énoncer les simples mots identifiant mes blessures, je me voyais
en train de me noyer dans mes larmes ..." (p132)
"Je
ne m'écoutais pas parce que je ne m'aimais pas. je détestais
mon corps. Pourquoi prendre soin de ce que l'on aime pas ." (p153)
Ce
mal qui ronge, que l'on trimbale partout, indissociable de soi, ces images
qui prennent de plus en plus de place en soi, ce film qui tourne dans la
tête en continue et cette impossibilité de mettre des mots,
d'employer les vrais mots car il vous submerge. Pendant 10 ans, je ne pouvais
pas entendre, lire ou dire les mots "suicide", "viol", "avortement" sans
m'écrouler, dans ces situations il me fallait fuir pour ne pas montrer
ma panique. J'ai pendant ce laps de temps, oublié de dormir, oublié
de manger, oublié de respirer suffisamment, j'ai connu l'hôpital,
j'ai eu des maladies sans pouvoir donner mes explications et sans jamais
pouvoir s'occuper de moi, je n'y arrivais pas, je n'y pensais pas. Si personne
ne venait me dire, il est l'heure de manger je ne connaissais pas la faim
... Si personne ne me mettait au lit, je n'avais pas sommeil jusqu'au moment
où je tombais d'épuisement, quand le corps lâche parce
que les nerfs ne le tiennent plus.
"Je
ne pouvais plus faire un pas sans que le passé me saute à
la gorge. Je ne pouvais plus me cacher." (p157)
"La
douleur était profonde, profonde, profonde." (p170)
"Je
m'endormis pour ne plus être dans ce corps" (p174)
"Qu'importe
où j'irais, cela ne pouvait être pire" (p174)
Vouloir
mourir quand la souffrance prend toute la place, toute l'énergie
... j'ai essayé une fois, on m'a repêchée à
temps, j'y ai pensé souvent, j'ai failli le refaire et maintenant
les mains d'ici et les mains lointaines ont leur phrase à elles
*
"On
peut célébrer les efforts acharnés et les petites
victoires qui s'accumulent tranquillement. Rien d'instantané, il
faut redoubler de patience et d'ardeur. Il est normal de démissionner
quelques heures, quelques jours et de ne plus voir la fin. Parce que la
honte, la frayeur et la peur vous fréquentent de nouveau." (p186-187)
"Je
compris aussi, lors de mon passage chez les moines, que nous sommes les
seuls guérisseurs de nos maux même s'il est bon être
accompagné." (p194)
Ces
instants de doute je les ai vécus, je ne voyais pas le chemin parcouru,
je n'imaginai pas que le chemin avait un bout, j'étais dans un tunnel.
heureusement que les mains lointaines me servaient de balises dans ces
moments là, qu'elles me montraient que j'avançaient, qu'elles
m'aidaient à souffler pour repartir vers l'avant. Oui il n'y a que
soit pour s'en sortir, personne ne peut faire le chemin à votre
place, oui heureusement qu'il y avaient les mains lointaines, mes vrais
amis et mon psychologue.
"Le
pardon"
"Cependant,
j'ai découvert que le pardon doit être accordé pour
soi. Il faut arriver à pardonner pour se libérer, pour mieux
respirer." (p201)
"L'acceptation"
"Extérioriser,
traduire ce mal qui m'envahissait m'a mené vers une acceptation
qui, je, l'espère, me permettra de pardonner. Mais avant toute chose,
l'acceptation des exploitations subies, de la réalité dans
laquelle je m'étais réveillé, contribua à dissiper
de nombreux malaises physiques et psychologiques." (p203)
"La
culpabilité"
"Dans
l'acceptation de mon passé, j'ai découvert et vécu
de nouveau la cruauté et la brutalité des gestes qui m'ont
été imposés, cette méchanceté faite
à l'enfant que je fus. Toute cette terreur a fait place à
la clémence et à une certaine douceur que je ne veux plus
perdre maintenant que j'y ai goûté." (p205)
"Les
bienfaits de l'écriture"
"Aujourd'hui
lorsque je me relis, j'apprécie le chemin parcouru." (p206)
Ces
mots mis en exergue à la fin du livre sont important, ils sont pour
moi le symbole d'un nouveau départ, d'une page qui devient moins
lourde à porter. Je n'ai pas encore pardonné et pourtant
je sais bien qu'il le faudra un jour, je n'y suis pas prête mais
je n'y suis pas opposée. J'ai accepté mon passé, j'ai
dépassé ma culpabilité et je me bat régulièrement
avec les mots pour mettre à plat mes sentiments.
Et
pour conclure ...
"Voilà
pourquoi je souligne l'importance de consulter un psychologue. En plus
de son expérience à notre profit, le psychologue n'est ni
un ami, ni un membre de la famille qui pourrait se prendre au piège
de l'apitoiement. Les professionnels aident à dédramatiser
l'événement lorsque vient le temps pour l'être blessé
d'y faire face." (p207)
et
...
"Il
n'existe pas de recette miracle ou de clé magique. Il est toujours
possible de retrouver sa dignité. Cela demande un 'vouloir' et de
l''aide', mais aussi beaucoup de travail. On n'a rien sans rien ! Mais
je sais aujourd'hui que la fuite réclame une plus grande énergie
que celle qui est nécessaire à s'en sortir : 'Ne cherchez
pas ailleurs la raison du manque de force pour réagir!'" (p214-215)
Merci
à Guy Sévigny d'avoir écrit ce livre, il m'a fait
réaliser que j'avais vécu des étapes normales face
à un événement anormal. Que j'étais tombé
au fond avant de me battre et de m'en sortir parce que je ne pouvais pas
faire autrement au moment des faits, que si j'ai mis 10 ans à revoir
le jour ce n'est pas par paresse ou lâcheté.
Merci
aussi de m'avoir permis de partager vos mots.