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Mercredi
10 Juin
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Alors,
tes partiels ? Je ne veux plus entendre cette question ... si je ne l'ai
pas entendue 50 fois dans la journée, je ne l'ai pas entendue une
seule fois!!! Bon, OK, vous voulez savoir ... c'était inattendu
... une question de cours où j'ai répondu mais sans savoir
jusqu'à quel niveau de détail nous devions descendre ...
une question de mise en oeuvre de la théorie ... de méthodes
jamais abordées en T.D.!!! Pas de notes avant 3 semaines ... promis
je vous tiens au courant.
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Je ne
fait pas cette page pour vous parler de mon partiel mais c'est une bonne
manière de reculer devant l'instant difficile ...
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Une heure
que je tremble devant cette page avec trois pages imprimées en rouge
sous les yeux, des pages d'une diariste que je comprends trop bien hélas.
Son chandail est taché selon ses mots, ces mots ils pourraient être
de moi, ils expriment tellement ma vie avec mes images. J'ai voulu lui
écrire mais impossible, que lui dire, que je la comprends, que je
partage sa douleur pour la connaître intimement ... aurait-elle aimé
recevoir mon message, je n'en suis pas si sûre, on a assez de soi
pour se souvenir, pas besoin que l'on vienne par des mots rouvrir cette
fenêtre refermée pour quelques heures, quelques jours sur
le passé, il suffit de tellement peu pour que le passé resurgisse,
un mot au hasard d'un écrit, d'une conversation ... Le plus difficile
pour moi est l'incompréhension, pourquoi la vie permet cela ? Pourrai-je
un jour oublier, pardonner, ne plus réagir face aux mots, bref vivre
tout simplement ? C'est arrivé il y a 10 ans ... 10 ans de fuite
pour ne pas penser, ne pas voir les images du passé ... 10 ans qui
se referment petit à petit aujourd'hui grâce à mes
mains lointaines, mon rendez-vous du mercredi ... 10 ans de silence à
me sentir coupable ... et le sentiment que je vais enfin pouvoir vivre
sans être détruite à petit feu par le passé.
J'ai pris le dessus des images mais j'ai moi aussi cette impression que
la honte restera pour toujours au fond de moi, l'impression que je ne pourrai
jamais être "de marbre" face aux mots et cette volonté farouche
de protéger mes enfants pour qu'ils ne vivent pas cet enfer, et
cette envie d'aider, de protéger les autres pour qu'ils ne vivent
jamais cela.
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Merci
aux mains lointaines de leur patience,

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Tu es
descendue très bas à cause de ces images. Tu m'as fait peur
un bon nombre de fois à ne pas pouvoir t'en défaire et respirer.
Elles t'ont presque détruite, tu ne pouvais plus vivre à
cause d'elles il y a quelques mois, tu t'es même retrouvée
à l'hôpital deux fois. Mais tu as décidé de
prendre les choses en mains et tu as petit à petit remonté
la pente. Ça a été très dur et parfois tu perdais
espoir, mais finalement te voilà aujourd'hui, pas encore complètement
débarrassée de ton passé, mais pouvant vivre et dormir
sans être envahie par les images. Je t'avais dit que tu serais la
plus forte.
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Je ne
pense pas que tu seras un jour complètement impassible quand les
gens en parlent. Toujours tu ressentiras plus que les autres quand le sujet
sera abordé, mais avec le temps j'espère que tu pourras le
vivre plus facilement et que ça ne sera pas plus qu'un souvenir
légèrement plus douloureux que les autres. J'ai confiance
en toi.
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Et pourquoi
ils en parlent ? Ils ne savent même pas ce que ça veut dire.
Ils ne t'ont pas vue quand tu allais très mal il y a 3 mois, ils
n'ont aucune idée des effets que ça peut produire. Et ceux
qui le savent pour l'avoir vu ne comprennent même pas ou n'en mesurent
pas l'ampleur. Ils en parlent en faisant semblant de savoir comme s'ils
parlaient du prix des patates. Mais ça ne veut rien dire pour eux.
C'est juste un événement comme un autre, on leur en montre
tellement à la télé. Comme d'habitude ils feraient
mieux de se taire.
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